Le week-end de la Pentecôte approche. La météo prévoit un très beau week-end digne d’une fin de mai : chic on va pouvoir profiter du soleil et sortir nos lins d’été du dressing ! Mais pour le lin qui est au champ, ce retour de températures plus chaudes ne s’annonce pas forcément comme une bonne nouvelle : lui il attend aussi la pluie pour s’épanouir.
Épisode 4 : la croissance toujours
« A Philippe.
Du jamais vu , à cette époque le lin devrait être beaucoup plus long, mais il fait toujours froid et la pluie qui fait la réputation de la Normandie* n’est pas venue : les lins mesurent seulement 15 cm.
Qu’aurait fait Philippe ? Qu’aurait-il dit ?
Je me souviens de cet homme de passion qui s’interrogeait toujours dans son rapport à la terre; Je me souviens de ce paysan qui allait observer son lin deux fois par jour ; Je me souviens de ce liniculteur enfonçant dans le sol un piquet gradué pour relever la croissance quotidienne, et je le vois alignant le sommet des plantes et annonçant : « 32cm, il a poussé de 2 cm ces dernières 24 heures !! ».
Je me souviens de lui présentant aux autres les courbes de croissance mettant en relation température et longueur des tiges, les commentant en toute modestie pour tirer des leçons pour l’avenir, analysant les différences ou similitudes avec l’année 1984… ou 1998…
Je me souviens enfin, de son sourire devant une belle parcelle un soir de mai où tout allait bien .
Il veille certainement et je l’entends presque me dire qu’il n’y a pas une année qui ressemble à une autre, que cette année sera atypique comme d’habitude. Étonnant non ? « atypique » et « comme d’habitude » fusionnés dans la même phrase.
Même l’expérience de toute une vie paraît dérisoire face à cette plante plus vieille que l’homme. Il nous observe, inquiets, et comprend car il sait lui, tout ce que cette fibre exige de cœur. » Guisol
*NDLR : Dans le Nord et en Picardie, aussi « réputés » pour leur climat « humide », les lins n’échappent pas à ce drôle de printemps : sec et froid.
Prochain rendez-vous, la floraison